{"id":2174,"date":"2019-11-08T11:58:25","date_gmt":"2019-11-08T10:58:25","guid":{"rendered":"http:\/\/paroles-de-bibs.org\/?p=2174"},"modified":"2019-12-13T19:54:36","modified_gmt":"2019-12-13T18:54:36","slug":"urgences-de-lyon-voyage-au-coeur-de-la-folie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/paroles-de-bibs.org\/?p=2174","title":{"rendered":"Urgences de Lyon, voyage au c\u0153ur de la folie"},"content":{"rendered":"\n<p>R\u00e9alisateur : Romain Finck, Benoit Lanet\/ 56 &#8216; \/ Mars 2018<br>SPICA Productions.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"http:\/\/paroles-de-bibs.org\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/U-L--1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2175\" srcset=\"https:\/\/paroles-de-bibs.org\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/U-L--1024x576.jpg 1024w, https:\/\/paroles-de-bibs.org\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/U-L--300x169.jpg 300w, https:\/\/paroles-de-bibs.org\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/U-L--768x432.jpg 768w, https:\/\/paroles-de-bibs.org\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/U-L-.jpg 1920w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>En France, douze millions de personnes souffrent de troubles psychiatriques. Schizophr\u00e9nie, d\u00e9pression, bipolarit\u00e9&#8230; Quand ces pathologies se d\u00e9clarent, les services d&#8217;urgences sont le premier recours. \u00c0 l&#8217;h\u00f4pital Edouard-Herriot de Lyon (Rh\u00f4ne), une \u00e9quipe de psychiatres et d&#8217;infirmiers sp\u00e9cialis\u00e9s accueillent 8 000 patients par an, majoritairement pour des crises psycho-sociales : des burns-out, des addictions, des coups de folie ou des tentatives de suicide. Les cas les plus graves sont hospitalis\u00e9s au Vinatier, \u00e0 Bron dans la banlieue lyonnaise, le plus grand \u00e9tablissement psychiatrique de France. Pr\u00e8s de 6 000 patients y sont pris en charge chaque ann\u00e9e. \u00c0 travers le quotidien de ces psychiatres et de ces infirmiers qui tentent, nuit et jour, de traiter des crises souvent d&#8217;une rare violence, nous avons suivi le parcours de soins de ces malades pas comme les autres. D\u00e8s leur entr\u00e9e \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital, les m\u00e9decins effectuent un rapide diagnostic pour savoir s&#8217;il faut les hospitaliser. De leur arriv\u00e9e aux urgences, en passant par leur entretien avec les \u00e9quipes soignantes, jusqu&#8217;\u00e0 leur hospitalisation, vous allez d\u00e9couvrir, derri\u00e8re la maladie, l&#8217;histoire d&#8217;hommes et de femmes vuln\u00e9rables, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, au parcours de vie bris\u00e9. Depuis quelques ann\u00e9es, le personnel soignant est confront\u00e9 \u00e0 un autre probl\u00e8me : le nombre de consultations en psychiatrie est en forte augmentation. \u00c0 Lyon, comme partout en France, une difficult\u00e9 suppl\u00e9mentaire pour les m\u00e9decins et les infirmiers. Le personnel soignant doit aujourd&#8217;hui composer avec le manque de lits, des budgets en baisse et des rythmes de travail toujours plus intenses. Les premi\u00e8res victimes directes sont les patients, de plus en plus nombreux \u00e0 \u00eatre exclus des syst\u00e8mes de soins et d&#8217;accueil. Comment sont pris en charge ces patients en \u00e9tat de crise ? Comment traite-t-on les cas les plus lourds ? Comment les m\u00e9decins et les infirmiers font-ils pour pallier le manque de moyens ? Et quelles sont les r\u00e9percussions sur les malades ?&nbsp;<\/p>\n<p>film en entier <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=NCgtM9m_baE\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer lightbox-video-0\"><span style=\"color: #ff0000\"><strong>ici<\/strong><\/span><\/a><\/p>\n<h6>remarque importante : cette bo\u00eete de prods travaille pour la t\u00e9l\u00e9vision .. une diffusion n&#8217;est pas forc\u00e9ment dans nos moyens \u2026 \u00e0 voir\u2026. le cas \u00e9ch\u00e9ant &#8230;<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un article de rue 89 Lyon de juin 2015 fort int\u00e9ressant car il d\u00e9montre que les probl\u00e8mes se sont amplifi\u00e9s depuis\u00a0 :\u00a0<\/strong>Au Vinatier, l\u2019h\u00f4pital psychiatrique g\u00e8re la crise\u00a0\u00ab <strong>Danger grave et imminent<\/strong> \u00bb. Par deux fois, les 15 et 23 juin 2015, la CGT de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique du Vinatier a activ\u00e9 cette proc\u00e9dure d\u2019alerte concernant les urgences du principal HP de Lyon. \u00a0Le 15 juin, on comptait 27 patients accueillis. A minima, 20 patients sont soign\u00e9s en permanence aux urgences alors que la capacit\u00e9 est de 11 lits. Une alerte de ce type avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e \u00e0 la fin du mois de janvier 2015 par la CGT qui r\u00e9clame toujours une augmentation des effectifs.<\/p>\n<p><strong>Nous republions notre article du 13 f\u00e9vrier 2015. <\/strong>\u00ab S\u00e9rie noire \u00bb, \u00ab tensions \u00bb\u2026 Les m\u00e9dias locaux usent de termes tr\u00e8s sombres pour \u00e9voquer la situation du principal h\u00f4pital psychiatrique lyonnais, le Vinatier. L\u2019agression d\u2019un infirmier fin janvier suivi des suicides de deux patients et d\u2019un infirmier a d\u00e9clench\u00e9 la col\u00e8re des \u00e9quipes qui \u00e9taient appel\u00e9es \u00e0 faire gr\u00e8ve ce jeudi 12 f\u00e9vrier. La direction de l\u2019\u00e9tablissement plaide une concomitance malheureuse des faits. Mais ces suicides et cette agression ont conduit au grand d\u00e9ballage des probl\u00e8mes de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique qui, plus que jamais, g\u00e8re la crise.\u00a0Le 12 f\u00e9vrier, les agents du Vinatier \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 faire gr\u00e8ve et \u00e0 se r\u00e9unir devant l\u2019ARS. Un autre mouvement gr\u00e8ve est \u00e9galement annonc\u00e9 pour le 16 f\u00e9vrier<br \/><strong><em>Communication de crise <\/em><\/strong>Apr\u00e8s la Une du Progr\u00e8s de ce mercredi 11 f\u00e9vrier sur le suicide d\u2019un infirmier de l\u2019unit\u00e9 \u00ab Usip \u00bbdimanche dernier, le directeur du Vinatier a organis\u00e9 en h\u00e2te une conf\u00e9rence de presse. Surtout pour corriger l\u2019erreur du Progr\u00e8s : l\u2019infirmier d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es qui s\u2019est suicid\u00e9 n\u2019est pas celui qui avait d\u00e9croch\u00e9 le patient pendu quelques jours plus t\u00f4t. Cet infirmier ne travaillait pas ce jour-l\u00e0. La CGT maintient toutefois que, m\u00eame s\u2019il avait de gros probl\u00e8mes personnels, cette pendaison dans le service et des conditions de travail d\u00e9grad\u00e9es peuvent expliquer ce passage \u00e0 l\u2019acte. A l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, les soignants travaillent au quotidien avec des patients suicidaires. Certains passent \u00e0 l\u2019acte et parviennent \u00e0 se donner la mort. Le directeur, Hubert Meunier, a tenu \u00e0 rappeler que Le Vinatier enregistrait \u00ab chaque ann\u00e9e trois \u00e0 six d\u00e9c\u00e8s de patients par suicide \u00bb. Alors pourquoi des agents ont-ils appel\u00e9 le Progr\u00e8s pour \u00e9taler ces suicides sur la place publique ? R\u00e9unis ce jeudi devant l\u2019Agence R\u00e9gional de Sant\u00e9 (ARS) \u00e0 l\u2019appel de la CGT, FO et SUD, les quelque 200 agents du Vinatier (infirmiers pour la plupart) ont \u00e9t\u00e9 rejoints par des employ\u00e9s des autres h\u00f4pitaux psychiatriques lyonnais. Pour appuyer leurs demandes de \u00ab plus de moyens \u00bb et \u00ab plus de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb , ils faisaient la chronique des r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements :<br \/>Le 28 janvier : un adolescent de 17 ans agresse au couteau un infirmier dans l\u2019unit\u00e9 d\u2019hospitalisation pour ados \u00ab Flavigny \u00bb.<br \/>Le 30 janvier : un homme de 32 ans se suicide \u00e0 h\u00f4pital-prison \u00ab UHSA \u00bb<br \/>Le 3 f\u00e9vrier : \u00e0 l\u2019unit\u00e9 \u00ab USIP \u00bb, une malade se pend avec son pyjama.<br \/>Le 8 f\u00e9vrier : un infirmier d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es se suicide chez lui. Le Progr\u00e8s publie l\u2019information le 11 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Dans un contexte, disent syndicats et certains m\u00e9decins, d\u2019\u00ab absence d\u2019\u00e9coute de la direction \u00bb, rendre public des suicides et une agression serait, selon les mots d\u2019un agent du Vinatier, une fa\u00e7on de se saisir de \u00ab faits divers \u00bb pour \u00ab dire les choses \u00bb afin d\u2019alerter sur les principaux probl\u00e8mes que conna\u00eet le principal h\u00f4pital psychiatrique lyonnais. Nous en dressons la liste.<\/p>\n<p><strong>1\/ Aux urgences du Vinatier, \u00ab la honte \u00bb <\/strong>Les urgences psychiatriques, c\u2019est la principale porte d\u2019entr\u00e9e du Vinatier. Et ce service appel\u00e9 Unit\u00e9 m\u00e9dicale d\u2019accueil (UMA) va mal. Ce jeudi 12 f\u00e9vrier, on compte 22 patients pour 11 lits. Taux d\u2019occupation de 200%. Faute de chambres en nombre suffisant, des lits sont install\u00e9s pour la nuit dans les salles fumeurs, dans les couloirs ou dans les chambres individuels. La journ\u00e9e, ces lits\u00a0 surnum\u00e9raires sont repli\u00e9s et les patients doivent attendre, en pyjama, dans le hall d\u2019accueil des urgences. Natalie Giloux, la responsable de ce service, dit sa \u00ab honte \u00bb de prendre en charge ainsi des personnes souffrants de graves troubles psy (schizophr\u00e8nes, bipolaires\u2026) : \u00ab En psychiatrie, on doit mener un travail avec la personne pour qu\u2019elle ne conteste pas le soin. Car l\u2019un des principaux sympt\u00f4mes est la m\u00e9connaissance ou le d\u00e9ni de la maladie. On a besoin de temps avec les personnes. On essaye de faire au mieux mais parfois on est d\u00e9pass\u00e9. Du coup, on va donner plus de tranquillisants pour calmer les personnes. Mais ce n\u2019est pas une solution que de soigner contre son gr\u00e9. \u00e7a n\u2019am\u00e8ne \u00e0 rien \u00bb. Pour ne rien arranger \u00e0 cette suroccupation, les patients restent de plus en plus longtemps avant d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9s vers un autre service. En janvier, pr\u00e8s d\u2019un cinqui\u00e8me des personnes sont rest\u00e9es plus de trois jours, la dur\u00e9e maximale th\u00e9orique de prise en charge aux urgences. R\u00e9guli\u00e8rement, le docteur Giloux lance des signaux d\u2019alerte. Le d\u00e9fenseur des lieux de privation de libert\u00e9 est m\u00eame venu faire une visite, accompagn\u00e9 d\u2019un substitut du procureur. En juin, la direction du Vinatier a ouvert une unit\u00e9 de dix lits pour de courtes hospitalisations. Mais le d\u00e9sengorgement n\u2019a \u00e9t\u00e9 que temporaire. Et depuis novembre, le service est de nouveau surcharg\u00e9. Il y a quelques semaines, le 27 janvier, ce sont les syndicats qui ont donn\u00e9 l\u2019alerte apr\u00e8s avoir atteint le record de 30 patients. Un article est paru dans le Progr\u00e8s et la direction a octroy\u00e9 un infirmier suppl\u00e9mentaire. Certes, il y a eu un \u00ab effet Charlie \u00bb. Des personnes fragiles ont pu d\u00e9compenser suite aux attentats des 7, 8 et 9 janvier. Mais ce ph\u00e9nom\u00e8ne conjoncturel n\u2019explique qu\u2019une petite partie de cet afflux.\u00a0<\/p>\n<p>2\/<strong> Trop de demandes, \u00ab on ne prend que les personnes en crise \u00bb <\/strong>Les urgences traduisent le malaise de tout l\u2019h\u00f4pital psychiatrique. Pour le comprendre, il faut regarder toute la cha\u00eene de l\u2019hospitalisation. Au Vinatier, 80% des malades pris en charge ne fr\u00e9quentent pas l\u2019h\u00f4pital. L\u2019hospitalisation ne se fait qu\u2019en cas de crise. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, la personne atteinte d\u2019une maladie mentale peut \u00eatre suivie en ville pour son traitement. Le territoire fran\u00e7ais est divis\u00e9 en secteurs g\u00e9ographiques. Pour chaque secteur un centre m\u00e9dico-psychologique (CMP) qui d\u00e9pend d\u2019un h\u00f4pital psychiatrique. Ce CMP est charg\u00e9 de suivre \u00ab en ambulatoire \u00bb les malades. Cr\u00e9\u00e9 dans les ann\u00e9es 60, le \u00ab secteur \u00bb est aujourd\u2019hui compl\u00e8tement bloqu\u00e9. Les CMP ne parviennent plus \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 une demande exponentielle de soins \u00ab psy \u00bb. A Lyon, il faut entre un et trois mois pour obtenir un rendez-vous. Ces moyens extra-hospitaliers limit\u00e9s rendent difficile le travail de pr\u00e9vention et de suivi. Or si on soigne les patients plus t\u00f4t, on rencontre une meilleure adh\u00e9sion au soin et les malades prennent mieux leur traitement. Faute de quoi ils sont soign\u00e9s quand ils sont en crise. Et dans ce cas-l\u00e0, ils se font hospitaliser. Et ce sont eux et les plus pr\u00e9caires qui deviennent prioritaires. Les autres seront fortement incit\u00e9s \u00e0 aller en cliniques priv\u00e9es. Pour rem\u00e9dier \u00e0 ce probl\u00e8me, les syndicats plaident pour une augmentation du personnel dans les CMP. Solution balay\u00e9e par le directeur du Vinatier qui met en avant le contexte de vaches maigres des finances publiques. Lui d\u00e9fend une restructuration des secteurs en fusionnant certaines structures (CMP, h\u00f4pitaux de jour) pour faire des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle. Des op\u00e9rations de ce type sont en cours. Dans les autres h\u00f4pitaux psychiatriques lyonnais, comme \u00e0 Saint-Jean-de-Dieu, la forte demande en soin psy est g\u00e9r\u00e9e au moyen d\u2019un autre exp\u00e9dient : on ajoute des lits pliants dans les services.<\/p>\n<p>3<strong>\/ Des lits supprim\u00e9s <\/strong>L\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, le Vinatier a inaugur\u00e9 un \u00e9norme b\u00e2timent qui regroupe toute la psychiatrie adulte, soit 350 lits. Il en a co\u00fbt\u00e9 pr\u00e8s de 90 millions d\u2019euros. Comme le raconte le psychiatre Jean-Pierre Salvarelli, pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 m\u00e9dicale d\u2019\u00e9tablissement (CME) du Vinatier, il a fallu supprimer 40 lits pour construire ce b\u00e2timent : \u00ab On a r\u00e9organis\u00e9 les services pour que les personnes puissent avoir le m\u00eame type de soin \u00bb. En terme d\u2019h\u00f4tellerie notamment, il y a d\u00e9sormais une douche par chambre individuelle. Cons\u00e9quence : la suppression de ces lits et des temps d\u2019hospitalisation qui ont l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9 cr\u00e9e un blocage au niveau des urgences. Car les urgences doivent \u00ab muter \u00bb les patients vers ces services qui disposent de moins de lits. Les syndicats d\u00e9fendent ainsi le r\u00e9tablissement de ces 40 lits. Si 40 lits ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s, la direction affirme au contraire que 122 lits ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s, notamment 60 lits dans une Unit\u00e9 hospitali\u00e8re sp\u00e9cialement am\u00e9nag\u00e9e (UHSA), sorte d\u2019 \u00ab h\u00f4pital-prison \u00bb, et 40 lits \u00e0 l\u2019Unit\u00e9 pour malade difficile (UMD), au fonctionnement quasi carc\u00e9ral. Mais ces unit\u00e9s de haute s\u00e9curit\u00e9, au recrutement interr\u00e9gional, ne correspondent pas \u00e0 l\u2019immense majorit\u00e9 du public accueilli dans les secteurs. Il faut se rappeler que le Vinatier comptait 794 lits en 1999 et n\u2019en compte que 675 aujourd\u2019hui. \u00a0<\/p>\n<p><strong>4\/ Les patients SDF scotch\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital <\/strong>En aval de l\u2019hospitalisation, l\u2019h\u00f4pital psychiatrique est confront\u00e9 \u00e0 la raret\u00e9 des solutions pour faire sortir des malades qui n\u00e9cessite un accompagnement quotidien et sont SDF. Pour 20 et 30% des patients du Vinatier, on ne trouve pas de place dans un foyer. Ces malades doivent rester de longs mois \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Ce qui explique \u00e9galement l\u2019engorgement des unit\u00e9s de soin. Le psychiatre Jean-Pierre Salvarelli : \u00ab L\u2019h\u00f4pital psychiatrique assure des missions qui ne sont pas les siennes. Nous faisons office de structures m\u00e9dico-sociales pour des personnes qui ne peuvent pas vivre seules ou n\u2019ont pas de domicile. Par ailleurs, nous accueillons des personnes qui ne rel\u00e8vent pas de la maladie psychiatrique comme les c\u00e9r\u00e9bro-l\u00e9s\u00e9s \u00bb. Faute de structures d\u2019accueil en nombre suffisant, certains patients peuvent \u00e9galement \u00eatre remis \u00e0 la rue une fois leur \u00e9tat stabilis\u00e9. Environ un tiers des SDF pr\u00e9senteraient un trouble psychiatrique s\u00e9v\u00e8re. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne d&#8217; \u00bbexternement \u00bb, comme le nomme le psychiatre Jean Furtos, fondateur de l\u2019Observatoire r\u00e9gional sur la souffrance psychique en rapport avec l\u2019exclusion (ORSPERE). Ce d\u00e9ficit de structures m\u00e9dico-sociales est particuli\u00e8rement aigu (et connu) \u00e0 Lyon. L\u2019Etat et le Conseil g\u00e9n\u00e9ral du Rh\u00f4ne ont financ\u00e9 la cr\u00e9ation de quelques \u00ab maisons relais \u00bb et foyers o\u00f9 les malades stabilis\u00e9s peuvent vivre en collectivit\u00e9 avec un soignant pour les aider. Mais les besoins restent gigantesques.<\/p>\n<p><strong>5\/ Dans les services, des \u00e9quipes sous pression <\/strong>Quotidiennement, la responsable des urgences, Natalie Giloux, le reconna\u00eet : \u00ab on met la pression sur la direction du Vinatier et les responsables de services \u00bb pour trouver des lits afin de d\u00e9sengorger les urgences. Et les chefs de service r\u00e9percutent cette pression pour lib\u00e9rer des lits. L\u2019infirmier Mathieu Berquand-Merle, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du personnel CGT, raconte : \u00ab Dans nos services, on fait sortir les patients le plus vite possible. Pour des patients qui devaient rester 15 jours de plus pour bien stabiliser leur \u00e9tat, on prend le risque de les faire sortir plus t\u00f4t et de les renvoyer chez eux, en esp\u00e9rant qu\u2019il ait un toit. On n\u2019a pas le temps de finir le travail avec l\u2019extra-hospitalier pour qu\u2019ils prennent bien le relais \u00bb. Dans leur pratique, les infirmiers \u00e9voquent des soins bas\u00e9s uniquement sur la prise de m\u00e9dicaments (neuroleptiques, calmants\u2026), du fait des effectifs \u00ab a minima \u00bb. Tony, un infirmier de 28 ans, t\u00e9moigne : \u00ab On est au minimum, soit deux infirmiers pour 25 patients. Et tr\u00e8s souvent \u00e0 cause d\u2019absence, on se retrouve \u00e0 1 pour 25 patients. Moralit\u00e9, on passe notre temps \u00e0 donner des m\u00e9dicaments. C\u2019est quasi impossible de d\u00e9velopper des activit\u00e9s th\u00e9rapeutiques \u00bb. Martine, une infirmi\u00e8re de 57 ans se souvient du d\u00e9but des ann\u00e9es 90 qui ressemble \u00e0 une \u00e9poque faste o\u00f9 l&#8217; \u00bbon \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement quatre pour 35 patients \u00bb : \u00ab On pouvait se poser et discuter avec les patients et le mettre en confiance. \u00c7a permet de les apaiser. Aujourd\u2019hui, on n\u2019a que quelques minutes pour leur donner les pilules. Et s\u2019ils refusent, \u00e7a peut tout de suite monter en pression \u00bb. Les soignants d\u00e9crivent \u00ab un cercle vicieux \u00bb ou \u00ab une cocotte-minute \u00bb : on se sent mal au travail et les patients le ressentent alors que, angoiss\u00e9s, ils ont besoin d\u2019\u00eatre rassur\u00e9s. \u00ab On g\u00e8re la crise et quand le patient est stabilis\u00e9, il faut vite le mettre dehors \u00bb, souffle Tony. Elodie, 22 ans, vient de commencer son m\u00e9tier d\u2019infirmi\u00e8re en psychiatrie. Et d\u00e9j\u00e0 des interrogations : \u00ab On fait un travail o\u00f9 le coeur de notre m\u00e9tier est la relation humaine. J\u2019ai l\u2019impression, faute de temps, de ne pas faire correctement mon travail. Ce n\u2019est pas encore de la maltraitante. Mais nous n\u2019en sommes pas loin \u00bb.<\/p>\n<p><strong>6\/ L\u2019appel d\u2019urgence ? Plus disponible <\/strong>Depuis cet \u00e9t\u00e9, le Dispositif d\u2019appel d\u2019urgence (DAU) que porte les blouses blanches a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9. Il avait \u00e9t\u00e9 mis en place il y a trois ans et permettait, en cas d\u2019urgence, pour pr\u00e9venir d\u2019autres soignants et la s\u00e9curit\u00e9 en indiquant sa localisation. Suite \u00e0 une s\u00e9rie de dysfonctionnements, la direction de l\u2019h\u00f4pital a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019arr\u00eater. Le Vinatier est m\u00eame en proc\u00e8s avec le fabricant. En attendant qu\u2019un expert termine les responsabilit\u00e9s de chacun, des t\u00e9l\u00e9phones sans fil font office de syst\u00e8me de substitution. Mais \u00e0 quelques endroits, dans les services, le t\u00e9l\u00e9phone ne passe pas. Et les soignants craignent d\u2019\u00eatre agress\u00e9s sans pouvoir pr\u00e9venir des coll\u00e8gues. Elodie, infirmi\u00e8re, explique venir au travail avec \u00ab appr\u00e9hension \u00bb : \u00ab Depuis cet \u00e9t\u00e9, on s\u2019inqui\u00e9tait de l\u2019absence de DAU. C\u2019\u00e9tait m\u00eame un miracle que rien ne se soit pass\u00e9 alors que, parfois, on a un t\u00e9l\u00e9phone pour quatre ou cinq. Et puis il y a eu l\u2019agression au couteau de ce coll\u00e8gue \u00e0 l\u2019unit\u00e9 Flavigny \u00bb. Les syndicats demandent naturellement la remise en route le plus rapidement possible de ce DAU. Le psychiatre Jean-Pierre Salvarelli analyse ce sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 en pr\u00e9cisant tout d\u2019abord que ces situations de violence sont rares en psychiatrie : \u00ab Nos patients sont davantage eux-m\u00eames des victimes de la violence. Mais il peut y avoir des agressions \u00bb. Il ajoute : \u00ab On soigne en \u00e9quipe pluri-professionnelle. Notre outil de soin, c\u2019est l\u2019\u00e9quipe elle-m\u00eame. Pour cela, il faut \u00ab faire \u00e9quipe \u00bb et \u00e7a prend du temps. Or la restructuration de la psychiatrie pour adultes, li\u00e9e \u00e0 l\u2019ouverture du nouveau b\u00e2timent, a fragilis\u00e9 les \u00e9quipes soignantes de chaque unit\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 reconfigur\u00e9e. Et des \u00e9v\u00e9nements comme ceux que nous vivons en ce moment n\u2019aident pas. On est pas rass\u00e9r\u00e9n\u00e9 et on assure moins bien le soin. Et de conclure : \u00ab Le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est un obstacle au soin. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Manque de personnels, propret\u00e9 qui laisse \u00e0 d\u00e9sirer, urgences d\u00e9bord\u00e9es, direction fortement critiqu\u00e9e : le Vinatier, paquebot de la psychiatrie hospitali\u00e8re en Rh\u00f4ne-Alpes, est au bord du naufrage. 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